La première moitié
du 20e siècle est marquée par une industrialisation
importante dans les Cantons-de-l’Est. C’est
l’âge d’or de la mécanique et
des manufactures. Parmi quelques dizaines de travailleurs,
un jeune homme du nom d’Arthur Renaud oeuvre à
l’usine de fabrication mécanique de la Canadian
Ingersoll-Rand Co. de Sherbrooke. Rapidement, la créativité
et la qualité du travail de ce jeune mécanicien
font leur marque aux yeux des patrons de cette grande
entreprise. Déterminé et convaincu de son
talent pour la mécanique et le travail du métal,
Arthur Renaud quitte l’usine en 1919 pour s’installer
à Magog. Il y ouvre son atelier d’usinage
et de soudure.
Malgré son départ, Ingersoll-Rand continue
de reconnaître les qualités de son ancien
employé et fait souvent appel à Arthur Renaud
et à sa jeune entreprise pour apporter des solutions
aux tâches les plus complexes et pour trouver des
solutions aux défis techniques que posent certains
de ses contrats.
En plus d’un grand essor industriel, les années
1920 voient l’arrivée sur les routes de centaines,
puis de milliers d’automobiles et de camions qui
remplacent les attelages à chevaux. C’est
donc dans ce contexte que l’atelier de soudure et
d’usinage d’Arthur Renaud connaîtra
un succès durable.
L’ère
de l’automobile
En 1929, l’atelier
devient une compagnie dûment constituée sous
le nom d’Arthur Renaud Inc., et s’implante
définitivement au 200, rue Sherbrooke, dans un
bâtiment qui comprend également la maison
familiale où grandiront huit enfants. La «
Machine Shop » – comme plusieurs l’appellent
– se spécialise d’abord dans la réparation
et la modification de véhicules automobiles. D’ailleurs,
dès 1919, le commerce est distributeur des produits
pétroliers de la Compagnie Impériale et
de la marque Esso. Pendant quelques décennies,
des pompes à essence se trouvent devant la façade
de l’atelier.
En parallèle, Arthur Renaud Inc. développe
plusieurs créneaux en usinage et en soudure. Puisque
de nombreuses usines sont actives à Magog et dans
la région, il arrive souvent que des travaux de
conception, d’installation et de modification d’équipement
industriel soient confiés à l’entreprise.
C’est également Arthur Renaud qui concevra
et fabriquera la première table d’opération
de l’hôpital La Providence, équipement
dont il sera lui-même quelques années plus
tard un usager, lors d’une intervention chirurgicale!
La diversité des services et la réputation
de grande qualité du travail permet donc à
l’entreprise de bien tirer son épingle du
jeu malgré la crise économique des années
1930.
Arthur Renaud est également au cœur de la
vie économique de Magog, alors qu’il collabore
de près aux débuts de la Fonderie Magog,
en 1939. Cette entreprise est fondée par des gens
d’affaires locaux, appuyés financièrement
par la municipalité. D’ailleurs, aujourd’hui
encore, la compagnie Magotteaux, qui exploite depuis plus
de 20 ans la fonderie de la rue Champlain, demeure un
client régulier d’Arthur Renaud Inc. Occasionnellement,
des ouvrages destinés à la construction
immobilière seront aussi réalisés.
Par exemple, dans les années 1940, la famille Renaud
fabrique les imposantes pièces de fer ornemental
que l’on peut voir encore aujourd’hui au bas
de l’autel de l’église Saint-Jean-Bosco.
L’époque
des grands chantiers
À l’après-guerre,
l’entreprise continue de prospérer et au
milieu des années 1950, le fils cadet du fondateur,
Jean Renaud, joint l’entreprise pour suivre les
traces de son père. À cette époque,
l’entreprise délaisse de plus en plus le
secteur de la réparation automobile. L’atelier
est en opération six jours par semaine et compte
une unité de soudure mobile. Les années
1960 sont marquées par plusieurs projets emballants
auxquels participe la compagnie. C’est le cas notamment
de la construction de l’autoroute des Cantons-de-l’Est,
mais également du développement du centre
de ski du Mont-Orford. Jean Renaud est appelé à
collaborer avec le responsable de chantier de la compagnie
suisse Mueller qui implante un tout nouveau télésiège
desservant le sommet de la montagne. Pour ce projet majeur,
Arthur Renaud Inc. se voit confier l’assemblage
de deux des tours du remonte pente, en plus d’apporter
des solutions aux problèmes de configuration des
équipements en fonction du profil géologique
de la montagne. Arthur et Jean Renaud travailleront en
tandem jusqu’au milieu des années 1970.
La qualité
d’abord
En 1977, quelques mois
avant le décès du fondateur, Jean Renaud
prend les rennes de la compagnie. Il opérera l’atelier
seul durant près de 25 ans, en maintenant la réputation
d’excellence de l’entreprise, dans le domaine
de la soudure et de l’usinage de pièces sur
mesure. Jean Renaud est intéressé par la
qualité du travail, le souci du détail et
de la précision. Il ne cherche donc pas à
donner de l’expansion à l’entreprise
à tout prix. Ainsi, il est maintes fois sollicité
pour réaliser des projets particuliers, souvent
complexes et détaillés, que les plus grosses
entreprises refusent d’effectuer.
Par ailleurs, sous la gestion de Jean Renaud, l’atelier
de la rue Sherbrooke garde son cachet originel jusqu’aux
2000, alors que plusieurs pièces d’équipement
sont mûes par un moteur central et actionnées
par de larges courroies d’entraînement reposant
sur de grosses poulies fixées au plafond. D’autre
part, certaines traditions sont maintenues notamment par
la présence d’un espace dédié
aux travaux de forge au charbon. Jusqu’à
la mort de Jean Renaud, l’atelier garde donc l’ambiance
et le décor d’un atelier d’une époque
révolue, mais où les habitués du
quartier prennent plaisir à aller discuter de la
vie et de l’air du temps avec le maître de
boutique, dont le sourire et la bonhomie sont toujours
au rendez-vous. Plusieurs seront touchés –
ou étonnés – par le décès
de Jean Renaud, en octobre 2000. Emporté par un
cancer à 62 ans, il se rendait travailler à
l’atelier quelques semaines encore avant son départ.
Nouvel élan
et nouveaux défis
En janvier 2001, c’est
un neveu de Jean Renaud qui reprend l’entreprise
familiale. François Maclure est un successeur tout
naturel. Petit fils du fondateur, le nouveau propriétaire
a grandi dans l’antichambre de l’atelier.
En effet, sa famille habite la maison héritée
des grands-parents maternels et qui loge dans le même
édifice. Depuis l’enfance, François
Maclure est fasciné par le travail du métal
et les projets mécaniques. Comme son grand-père,
il a d’abord œuvré quelques années
dans l’industrie avant de se lancer en affaires.
Sous la gouverne de François Maclure, Arthur Renaud
Inc. conserve son orientation d’atelier d’usinage
et de soudure durant deux ans. En 2003, un changement
de cap intervient, alors que la compagnie se spécialise
uniquement en soudure. Les équipements d’usinage
sont vendus et l’équipement de soudure est
remplacé par des appareils de dernière technologie.
Une unité de soudure mobile vient s’ajouter.
Arthur Renaud Inc. embauche des employés et l’entreprise
s’ouvre à un nouvel essor. Cette croissance
repose en partie sur le développement d’une
clientèle variée, dont des sociétés
hydro-électriques et les compagnies ferroviaires,
qui lui confient la réparation de matériel
roulant. Arthur Renaud Inc. développe aussi de
nouveaux créneaux. Parmi ceux-ci, la compagnie
fabrique des escaliers métalliques et des ouvrages
de fer ornemental pour les résidences et les commerces,
ainsi que des remorques. Enfin, l’entreprise continue
de faire sa marque avec la fabrication de pièces
sur mesure (custom) ainsi que leur installation et leur
réparation sur les chantiers.
Légendes-photos